Ossip Zadkine, Une vie d'ateliers

Jusqu'au 2 avril 2023

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Le musée Zadkine existe depuis quarante ans (ouvert en 1982) grâce au leg généreux de Valentine Prax (1897-1981), son épouse et peintre, moins connue du grand public que le sculpteur malgré son immense talent et le succès qu’elle remporta dans les années folles. À l’occasion de cet anniversaire, le musée Zadkine présente l’exposition « Ossip Zadkine. Une vie d’ateliers » qui entraîne les visiteurs au cœur de l’atelier des deux artistes. Une centaine d’œuvres en constitue le parcours, rassemblant une sélection de chefs-d’œuvre de Zadkine (1888-1967), des peintures de Prax, des objets de l’atelier et de nombreuses photographies inédites de photographes dont certains de renom tels que André Kertész ou Marc Vaux.

Le parcours de l’exposition permet de découvrir les premiers ateliers que Zadkine a fréquentés et peuplés de ses sculptures dès son arrivée à Paris en 1910, jusqu’à l’atelier du jardin de la rue d’Assas construit après-guerre. Une première partie évoque les débuts de Zadkine à l’époque où il change plusieurs fois d’ateliers tout en restant fidèle au quartier de Montparnasse, alors en plein essor. La deuxième partie commence en 1928 lorsque Zadkine emménage avec Prax dans la maison-atelier de la rue d’Assas, l’actuel musée Zadkine. Enfin, la troisième partie qui se déroule dans l’atelier-jardin évoque le travail après-guerre avec des œuvres, des photos, des dessins, des objets dont les outils du maître, son accordéon, un fauteuil, …

Valentine Prax était une jeune femme touche à touche, elle s’intéressait aux beaux-arts, au théâtre, à la poésie, … Elle a grandi en Algérie et s’est installée à Paris en 1919, rue Rousselet et était la voisine de Zadkine lorsqu’il avait son atelier dans cette rue. Ils ont neuf ans d’écart et se sont installés à Paris au même âge, c’est-à-dire à 22 ans. Ils se rencontrent et Zadkine lui apprend à se dégager de l’académisme pour trouver sa propre voie créatrice et découvrir par elle-même les avant-garde. Valentine Prax est très douée en dessin, elle réalise aussi des peintures sur verre et a vu sa première exposition personnelle dans la galerie Mouninou. Elle gagne sa vie grâce à ses dessins de mode et des décors sur porcelaine. Une des plus belles peintures de Valentine Prax est certainement La Musique, une huile sur verre (sous verre, puisque la peinture est de l’autre côté du verre) aux couleurs éclatantes. La grande originalité de cette œuvre émane de sa technique qui permet à la couleur de rester fraîche, vive et très lumineuse. On découvre grâce à cette exposition son parcours et son travail. Dans les années 20, les œuvres de Prax se vendaient beaucoup mieux que celles de Zadkine. Pourtant, Valentine a toujours préféré valoriser le travail de Zadkine.

Zadkine dans les années 1910-1920, est en pleine recherche. Il veut tout simplifier.

On découvre La Tête de jeune fille, 1914, prêtée exceptionnellement par le musée de Grenoble pour cette exposition. Elle est un des premiers marbres réalisés par Zadkine encore conservés.

« Cette tête reste, sans doute, le premier témoignage de l’intérêt que j’avais commencé à porter à la peinture cubiste. » dit Zadkine dans le livre de ses mémoires Le maillet et le ciseau.

Zadkine et Prax partagent la même curiosité pour la musique, pour le cubisme et pour la mythologie. Ils se sont mariés en 1920, année où Zadkine a présenté sa première exposition au cœur de son atelier de la rue Rousselet.

 

La maison-atelier : lieu de vie et de création

L’atelier est le lieu non seulement d’origine de la création mais aussi de stockage, tant que les œuvres ne font pas l’objet d’exposition dans des galeries ou dans des musées. Les artistes vivent donc entourés en permanence des sculptures, elles se nourrissent les unes des autres. Dans l’atelier, tous les matériaux et toutes les formes se côtoient car Zadkine s’intéressait à toutes les techniques et innovait souvent.

Dans les années 20, il a un nouvel intérêt pour l’antique. L’atelier rue Rousselet a un parquet en bois et le poids des sculptures devient trop important, Zadkine cherche alors un atelier qui pourra supporter ce poids. Il visite la maison-atelier de la rue d’Assas qui lui semble parfaite, d’autant plus qu’elle a un jardin, en plein cœur du quartier Montparnasse c’est une aubaine. Un morceau de nature en plein centre-ville, un havre de paix dans un quartier très animé : quel bonheur pour créer ! Comme il a vendu un grand nombre de sculptures, Zadkine a pu louer cet espace, avant d’en devenir propriétaire après son retour d’exil aux États-Unis pendant la seconde guerre.

Grâce aux nombreuses photographies des archives du musée Zadkine, on découvre de manière inédite le processus de création de l’artiste dans les différentes ateliers dans lesquels il a travaillé sans relâche.

Jeune, Zadkine passait beaucoup de temps dans les forêts en Russie ; le bois est son matériau de prédilection. Il aimait aussi voir la végétation reprendre ses droits et les insectes attaquaient les sculptures qu’il entreposait dans le jardin. Ça lui plaisait beaucoup.

En 1934, le couple a acheté une maison dans le village des Arques, dans le Lot, qui avait une grange attenante, utilisée comme second atelier par Zadkine.

En 1941, Zadkine s’exile aux États-Unis et trouve un atelier à New-York, dans lequel il crée la célèbre sculpture La Prisonnière.

De retour en France en 1945, il va connaître un grand succès et son œuvre évolue et devient de plus en plus abstraite. Les formes végétales surgissent. Il était aussi un excellent dessinateur, on peut voir des fusains très puissants. Son succès lui permet de pouvoir faire construire l’atelier qui se trouve au fond du jardin. C’est là que les visiteurs peuvent s’amuser à faire les rapprochements entre les sculptures et les photographies des ateliers dans lesquelles elles ont été réalisées.

On a encore beaucoup à apprendre pour comprendre pourquoi Zadkine était si souvent pris en photo par les photographes. Plus de 1 500 sculptures sont stockées par le musée Zadkine et les fonds photographiques comptent plus de 4 000 photographies !

Zadkine et Valentine recevaient beaucoup de monde après la guerre. Zadkine a enseigné pendant plus de dix ans à la grande Chaumière puis il a créé sa propre école de sculpture, rue Notre Dame des Champs.

À la fin de sa vie, Zadkine a moins de force pour sculpter alors il dessine. On peut voir un de ses rares autoportraits. Lorsque Zadkine décède, Valentine Prax propose à la Ville de Paris de devenir légataire universel afin de pouvoir créer et ouvrir le musée Zadkine de Paris. Le musée Zadkine possède plus de 1 000 peintures de Valentine Prax en réserve et il y a un grand travail d’inventaire à faire. Cependant, le musée Zadkine est voué principalement au travail de Zadkine.

Une visite du musée Zadkine est toujours une promesse de bonheur car c’est une promenade enchanteresse au cœur de chefs-d’œuvre magnifiques qui s’élèvent comme des arbres dans une forêt. Si les arbres peuvent se dresser seuls malgré le bruit des saisons, pour dresser ses sculptures Zadkine a besoin de calme. L’artiste, soucieux de spiritualité, est en quête de lumière et d’un retour vers ses forces primitives, sa source, pour exprimer ce que son cœur et son âme ressentent.

Ossip Zadkine, Une vie d’ateliers

Exposition jusqu’au 2 avril 2023

 

Musée Zadkine

1982-2022 : 40 ans

100 bis, rue d’Assas, 75006 Paris

Tél. 01 55 42 77 20

www.zadkine.paris.fr

De nombreuses activités culturelles ont lieu autour de l’exposition, dont une déambulation poétique qui mêle commentaires d’œuvres et lecture de textes, le 11 février et le 18 mars à 11h30, durée : 45 min. sur réservation : www.billetterie-parismusees.paris.fr

Horaires

Du mardi au dimanche 10h-18h

Fermeture le lundi et certains jours fériés (25 décembre, 1er janvier)

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