Exposition Germaine Richier

Au Centre Pompidou, Paris

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La grande et passionnante rétrospective « Germaine Richier », (1902-1959) présentée au Centre Pompidou du 1er mars au 12 juin 2023, organisée conjointement avec le musée Fabre, offre un nouveau regard sur celle qui fut la première artiste femme exposée de son vivant au Musée national d’art moderne en 1956. De ses fascinants portraits des années 1930 à ses expérimentations colorées des dernières années, cette exposition restitue à la fois la fulgurance du parcours de la sculptrice, l’originalité de sa création et sa place majeure dans l’art du 20e siècle. Elle souligne comment, tout en prolongeant la tradition de la statuaire en bronze, Germaine Richier invente après-guerre de nouvelles images de l’homme et de la femme, jouant des hybridations avec les formes de la nature. Riche de près de deux cents œuvres – sculptures, gravures, dessins et peintures – l’exposition offre une relecture de sa création et souligne ses résonances contemporaines, à l’heure d’une prise de conscience globale du vivant.

L’exposition réunit un ensemble d’œuvres puissantes, sans précédent, grâce à l’aide du soutien généreux des ayants-droits de l’artiste et de grandes collections publiques et privées, françaises et internationales. Nourrie de recherches inédites menées en France et à l’étranger dans de nombreux fonds d’archives, elle démontre combien Germaine Richier occupe une position centrale dans l’histoire de la sculpture moderne. Avec le soutien exceptionnel du diocèse d’Annecy et de la direction régionale des affaires culturelles Rhône-Alpes, le Christ d’Assy, œuvre majeure de l’art sacré, est exposé pour la première fois à Paris. Commandé par le père Couturier pour l’église du plateau d’Assy, cette œuvre constitue à la fois l’un des sommets de son art et un moment capital, par le scandale et la violente polémique qu’il suscita en 1951 autour de la représentation du Christ.

Germaine Richier aimait la vie, le mouvement. Elle passait des journées entières dans les champs à observer le monde minuscule des insectes, à étudier les formes des feuilles, des arbres, des morceaux de bois, des feuilles, … La nature était sa source d’inspiration. Le vivant, les humains, les animaux, les végétaux et les minéraux la passionnaient.

Parcours de l’exposition

 Ouvrez les yeux et tournez autour des sculptures, regardez-les de près et de loin !

Seul l’Humain compte

 « Plus je vais plus je suis certaine que seul l’Humain compte », écrit Germaine Richier.

Au cœur de son œuvre, se dresse la figure humaine, les visages et les corps dans leur vérité, tant singulière qu’universelle. Portraitiste renommée, elle sculpte tout au long de sa carrière une cinquantaine de bustes, attachée à saisir la présence et le caractère propre de ses modèles.

L’exil de l’artiste en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale marque un tournant. Brisant la tradition du bloc, Richier oppose à l’esthétique du lisse le travail vibrant et expressif de la matière. À son retour à Paris en 1946, elle modèle « L’Orage », être massif et sans visage, tenant à du roc ou de la souche autant que de l’homme écorché. Ce travail sur le bronze, creusé, déchiqueté et troué, traduit paradoxalement l’illusion de la vie et du mouvement. L’artiste considère ses statues comme des êtres vivants, jusqu’à concevoir des tombeaux de pierre aux formes géométriques pour le couple que forment « L’Orage et L’Ouragane ».

« Mes statues ne sont pas inachevées. {…} Je les ai creusées, déchirées pour qu’elles soient variées de tous les côtés, et qu’elles aient un aspect changeant et vivant. »

Nature et hybridation

Ce renouvellement de la représentation passe par une hybridation de l’humain avec les formes de la nature. Nourri par sa fascination pour les plantes, les animaux et insectes qu’elle collecte, son œuvre se peuple de créatures (femme-araignée, homme-chauve-souris…) qui relèvent moins d’un bestiaire fantastique que de l’osmose entre l’homme et le monde animal, végétal et minéral. Cette fluidité du vivant repose aussi sur une hybridation des formes, ses sculptures incluant des objets naturels, débris ramassés dans sa Provence natale : une branche d’olivier pour « L’Homme-forêt (1945) », un morceau de brique pour la « tête du Berger des Landes (1951) »…

L’atelier

De manière totalement inédite, l’exposition présente les sources de sa sculpture, réunissant un ensemble d’objets de l’atelier de Richier, petit cabinet de curiosité rassemblant bois flottés, cailloux, coquillages, galets, racines, insectes, également sa collection de compas comme des papillons épinglés…

Tous ces éléments témoignent de la fascination de l’artiste pour les formes du vivant, les matières érodées et les objets chargés d’histoire.

Mythe et sacré

« L’œuvre de Richier est une initiation aux mystères », écrit Jean Cassou en 1956. À l’image de « La Montagne », ses créatures hybrides, faites d’os et de branches, proto-humaines, se rattachent aux récits des origines, aux mythes, contes et légendes, dans lesquels ogres, hydres et tarasques oscillent entre le grotesque et le terrifiant. Imprégnée d’un sentiment panthéiste du monde, la sculpture de Germaine Richier est marquée par un sens profond du sacré. Son nom est d’ailleurs associé à ce qu’on a appelé « la querelle de l’art sacré » : le grand Christ de douleur qu’elle réalise pour l’église d’Assy, à la demande du père Couturier, suscite en 1951 un succès de scandale. La représentation étant jugée blasphématoire par des groupes catholiques traditionalistes, le Christ est banni du chœur de l’église malgré les protestations, et ne retrouvera sa place qu’en 1969, dix ans après la mort de l’artiste. Cette œuvre, prêtée exceptionnellement par le diocèse d’Annecy, est présentée pour la première fois dans un espace muséal.

Dessiner dans l’espace

L’exposition met en avant la réflexion de l’artiste sur les moyens même de la sculpture, en particulier la place du dessin. Le travail graphique est au cœur de son processus de création. Richier trace directement sur le corps de ses modèles une architecture de lignes, adaptation toute personnelle de son enseignement académique. Elle-même pratique intensivement la gravure dans laquelle se déploient ces jeux et variations graphiques.

La série des sculptures à fils, développées dès 1946, matérialisent la structure géométrique du vivant et ouvre l’œuvre à l’espace du spectateur, tout en créant des effets de tensions et de déséquilibre. L’espace de l’œuvre, la question du socle et du fond, sont très tôt pris en compte par Germaine Richier qui projette ses figures dans l’espace et intègre les dispositifs de présentation dans ses bronzes.

« La sculpture est un lieu, une entité, une synthèse de mouvements. C’est donc davantage qu’une image. »

Matériaux et couleur

 Dans les années 1950, Germaine Richier mène une intense expérimentation sur les techniques et matériaux de la sculpture. Elle s’empare du plomb, métal malléable qu’elle fond elle-même et au sein duquel elle sertit des morceaux de verre colorés, détournant la technique du vitrail. Elle utilise aussi des os de seiches, matrices dans lesquelles le bronze en fusion est coulé. La couleur prend progressivement une place cruciale dans ses œuvres. Germaine Richier demande à ses amis peintres de colorer le fond de certaines pièces : Maria Helena Vieira da Silva et Hans Hartung en 1952-1953, Zao Wou-Ki en 1956. À la fin de sa vie, elle ira jusqu’à peindre et émailler certains de ses bronzes ou plâtres, leur conférant une animation toute nouvelle, à l’image de « L’Échiquier », grand polychrome, dernière grande pièce de l’artiste et synthèse de sa création, interrompue par sa mort précoce à 57 ans, le 31 juillet 1959.

« Le but de la sculpture, c’est d’abord la joie de celui qui la fait. On doit y sentir sa main, sa passion. {…} La sculpture est grave, la couleur est gaie. J’ai envie que mes statues soient gaies, actives. Normalement, une couleur sur de la sculpture, ça distrait. Mais après tout, pourquoi pas ? »

Germaine Richier est inclassable. Instinctive et sensuelle, l’artiste n’a eu de cesse d’imaginer, de créer, de tester et d’utiliser des matériaux en tous genres.

Pour elle, la vie est force et puissance. Richier a toujours eu un désir de recherche et de dépassement de soi, alliant courage et curiosité, moteurs de son art. Elle voulait aller au-delà de la sculpture, se dépasser, se surpasser, toucher l’intouchable, du moment qu’il soit en lien avec la Nature.

Exposition Germaine Richier

Jusqu’au 12 juin 2023

Germaine Richier

Centre Pompidou, Paris

Galerie 2, niveau 6

Tous les jours de 11h à 21h sauf le mardi

Nocturnes les jeudis jusqu’à 23h

Informations :

www.centrepompidou.fr

Tél. 01 44 78 12 33

 #ExpoGermaineRichier

@CentrePompidou

#CentrePompidou

Commissaire : Ariane Coulondre assistée de Nathalie Ernoult

Scénographe : Laurence Fontaine

Chargé de production : Hervé Derouault

Le catalogue complète magnifiquement la visite.

L’exposition « Germaine Richier » sera présentée au Musée Fabre de Montpellier du 12 juillet au 5 novembre 2023.

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