Carte blanche à Wang Keping

Au musée Guimet, du 23 novembre 2022 au 6 mars 2023

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La seizième carte blanche contemporaine du Musée national des arts asiatiques – Guimet est confiée à l’artiste chinois Wang Keping dont les œuvres sont exposées au premier et au quatrième étages du musée, en dialogue avec des œuvres des collections permanentes anciennes et, c’est une forêt de sculptures monumentales et majestueuses en acajou qui nous envoûte et nous enchante au sein de la Rotonde.

Pour atteindre l’épure, Wang Keping se laisse guider par la nature. C’est la forme du bois qui l’inspire. Du corps à corps avec les morceaux de bois vont naître des formes essentielles constitutives de son œuvre : la féminité, l’animalité, le couple, le désir, la souffrance, la finitude, … Son corpus le plus important est la représentation des femmes, de les suggérer en allant toujours à ce qu’il estime essentiel et harmonieux. L’artiste sculpte une grande variété de formes du corps avec beaucoup de volupté. Les patines qu’il fait sont toujours différentes, sauf lorsqu’il s’agit d’une série. Lorsque Wang Keping voit un arbre, il y voit aussi un oiseau. Comme chaque morceau de bois est unique, chaque sculpture est aussi unique. Depuis son installation en France, Wang Keping ne sculpte que des arbres d’essences locales telles que l’acacia, l’if, le chêne, le platane, les fruitiers, … destinés à être abattus.

Des dialogues ont libre cours au sein des collections : la sculpture de Keping « Under the Moon » avec Zhulong, le dragon-cochon réalisé vers 3500-3000 avant notre ère, en jade néphrite taillé, perforé, poil et gravé ; un « Vase » de Keping en bronze avec un « vase à vin » de la dynastie des Zhou, IXe – VIIe siècle avant notre ère ; bronze, fonte au moule ; une « Femme Han » de 2021 en bois de cyprès avec une statuette mingqi, dynastie des Han antérieurs, IIe – Ie siècle avant notre ère, en terre cuite peinte ; ou encore un Oiseau créé en 2020 par Keping piaffant avec une Statuette représentant un échassier, fours de Jingdezhen, XVIIIe siècle, en porcelaine, émaux sur couverte.

L’occasion qui lui a été offerte de sculpter de l’acajou, bois exotique fut une proposition inattendue faite par une entreprise qui devait réaliser des placages de voitures et de bateaux de luxe. Jamais auparavant Keping n’avait travaillé un bois aussi dur. C’est pourquoi, il a voulu épurer en créant des œuvres de plus en plus abstraites et épurées. C’est en fait ce qu’il y a de plus difficile à réaliser, car le bois est le matériau le plus compliqué et dur à tailler.

Transformer un matériau inerte et minéral en vie et en chair, tel fut le défi tant artistique que technique que Keping a su relever. L’acajou est un bois précieux venu d’Afrique de l’Ouest, considéré comme un cadeau du Ciel par l’artiste.

 

La série dite des « Acajous » qui se trouve dans la Rotonde est une série inédite commencée en 2020. Les sculptures monumentales sont présentées ici pour la première fois.

L’artiste cherche à redonner la vie au bois travaillé avec passion et patience. Il s’en dégage alors de l’amour, de la grâce, beaucoup de douceur, de la sensualité et un soupçon d’absolu. On est envouté.es… On ressent toute la puissance de l’artiste en quête de spiritualité et de connexion avec le Très-Haut.

Lorsque Wang Keping est en face d’un tronc entier, il le révèle. Pour lui, les arbres sont comme des corps humains faits de chair tendre et de parties dures, tels les os. Wang Keping utilise principalement le maillet et le ciseau et termine souvent au chalumeau. C’est un corps à corps issu d’abord d’une longue méditation. Lorsque l’idée est là, l’exécution de l’œuvre est rapide. Deux courbes suggèrent une poitrine, une nuque délicate se dévoile sur un côté. À l’instar du calligraphe qu’il a été à ses début, Wang Keping instaure un dialogue entre les volumes et les lignes, entre les pleins et les creux. Le polissage final des sculptures en bois permet à l’œuvre de capter la lumière, « comme si le bois devenait jade ou bronze » nous précise-t-il lors du vernissage presse du 22 novembre dernier.

Vous l’aurez compris, cette exposition est un pur enchantement. Wang Keping a bien les pieds sur terre, le cœur à l’ouvrage et la tête dans le Ciel. Son œuvre est unique et vraiment magnifique.

 

Biographie de Wang Keping

Né en 1949 près de Pékin, Wang Keping est l’un des fondateurs de l’art contemporain chinois, en raison notamment du rôle-clé qu’il a joué dans l’avant-garde artistique chinoise au cours des années 1970 et qui l’a mené à quitter la France en 1984. Il a développé depuis une œuvre virtuose qui explore toutes les possibilités du bois, reconnue internationalement comme l’une des contributions les plus importantes à la sculpture contemporaine.

Il a réalisé un ensemble exceptionnel d’œuvres témoignant de l’importance qu’accorde l’artiste au travail de la matière, un rapport à la sculpture humble, intime et spirituel qu’il définit ainsi : « Je suis sculpteur et je ponce avec mes mains ». C’est par une maîtrise des techniques traditionnelles de la taille, dans une démarche qui se veut intemporelle et au-delà de toute notion de style, que Wang Keping parvient à saisir la quintessence de ses sujets. On retrouve ainsi exposé tout un éventail de thèmes représentatifs du travail de l’artiste : bustes de femme, couples, étreintes, animaux hybrides…

Wang Keping fait son entrée sur la scène artistique en 1979, en fondant avec des artistes aujourd’hui reconnus comme Ai Weiwei, Ma Desheng et Huang Rui, le groupe dissident «Xing Xing» (littéralement «Étoiles»). Ce mouvement d’avant-garde s’affirme contre le réalisme socialiste imposé par le Parti communiste, avec une première exposition manifeste sur les grilles du Musée National des Beaux-Arts de Pékin. Wang Keping y expose une sculpture devenue emblématique de cette résistance face aux canons esthétiques prônés par le pouvoir, Silence, représentant un visage borgne, déformé́ par une bouche hurlante étouffée par un cylindre. Véritable personnification de la censure, cette œuvre pionnière incarne l’inéluctable devenir de cette manifestation artistique, rapidement interdite par les autorités. S’ensuit un mouvement de protestation en faveur de la liberté de l’art le jour du 30ème anniversaire de la République Populaire de Chine. Malgré les tentatives du pouvoir de réduire au silence ces revendications, la portée de cet évènement dépasse largement ce cadre répressif, la presse internationale se faisant aussitôt le relais de cette prise de position publique, aujourd’hui considérée comme l’une des origines de l’affirmation de l’art contemporain chinois. Le New York Times choisit d’ailleurs la sculpture de Wang Keping pour figurer en couverture de son numéro du 19 octobre.

C’est une seconde exposition, un an plus tard, au Musée national des Beaux-Arts de Pékin, qui scelle l’avenir des principaux protagonistes du groupe des Etoiles. L’évènement provoque un engouement populaire sans précédent auquel le pouvoir répond par une répression générale qui sonne la fin du Printemps de Pékin, et pousse à l’exil la plupart des membres fondateurs du mouvement.

Depuis son arrivée en France en 1984, Wang Keping a pris ses distances avec cet engagement des premières années et s’est progressivement tourné vers un art davantage universel, principalement issu de la taille du bois, ce matériau vivant dont il n’a de cesse de révéler la force expressive. Ce travail épouse et sublime les propriétés des bois que l’artiste sélectionne, dans une recherche esthétique et spirituelle inspirée de la philosophie taoïste, de la statuaire antique de la dynastie Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C.), mais également de l’art populaire des campagnes chinoises.

C’est à partir des veines, des nœuds et des fentes, de la surface plus ou moins accidentée des morceaux de bois que l’artiste dégage les formes essentielles de ses sujets. Chaque tronçon est ainsi savamment choisi et respecté dans son intégrité. Ce rapport primordial à la nature, source d’inspiration première et matrice formelle, se manifeste également dans les soins que Wang Keping apporte à la surface de ses œuvres. Plusieurs étapes contribuent en effet à leur donner cette peau lisse et douce, qui fait véritablement appel au toucher : les sculptures sont d’abord polies pour effacer les traces d’outils et ne laisser visible que le relief inhérente à la matière, puis brulées au chalumeau avec un soin extrême, afin d’obtenir une teinte finale unique à chaque sculpture. Ce traitement accentue la dimension sensuelle véhiculée par les lignes suggestives et rondeurs généreuses des œuvres, dont l’harmonie générale est porteuse de toute leur vérité.

Pas étonnant dès lors que cet art de l’épure, réalisé dans la solitude de l’atelier, soit fréquemment comparé à l’œuvre d’artistes historiques tels qu’Auguste Rodin, Alberto Giacometti, Henri Moore et, surtout, Constantin Brancusi – une filiation que Wang Keping revendique à l’heure où ce travail patient, issu de la main de l’artiste, tend à se faire plus rare.

La carrière française et internationale de Wang Keping est jalonnée d’importantes expositions monographiques institutionnelles.

Carte blanche à Wang Keping

Jusqu’au 6 mars 2023

Musée national des arts asiatiques – Guimet

6, place d’Iéna, 75116 Paris

Horaires :

Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h.

Accès à la terrasse panoramique durant tout l’été aux heures d’ouverture du musée.

Du 19 octobre 2022 au 27 février 2023, l’hôtel d’Heidelbach sera ouvert de 10h à 11h30 et de 14h30 à 17h30. 

Le jardin japonais est accessible aux mêmes horaires que l’Hôtel d’Heidelbach, sauf en cas d’évènement particulier ou si les conditions météorologiques ne sont pas favorables. Avant de vous déplacer, contactez l’accueil au 0140738800.

Fermeture des caisses à 17h15.
Évacuation du 3e et 4e étage à 17h30.
Évacuation générale des salles à 17h45.

Le musée est fermé le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.
Fermeture des salles à 16h45 les jours suivants (les veilles de jours fériés) : 24 décembre, 31 décembre, la veille de Pâques, la veille de la pentecôte.

Toute visite en groupe qu’elle soit autonome ou conduite par un médiateur du musée doit faire l’objet d’une réservation préalable auprès du chargé des réservations resa@guimet.fr . Aucun groupe ne pourra être accepté sans cette réservation.

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