Sam Szafran, Obsessions d'un peintre

Au musée de l'Orangerie, derniers jours !

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Trois ans après la disparition du peintre, le musée de l’Orangerie met en lumière l’œuvre de Sam Szafran (1934-2019). L’artiste a développé depuis le début des années 1960, loin du monde de l’art et de ses engouements, un œuvre atypique dans le retrait de l’atelier. Par son approche figurative et poético-onirique du réel, il occupe une place singulière, hors des mouvements bien identifiés, et par conséquent peu étudiée dans l’histoire de l’art de la deuxième moitié du XXe siècle.

« Voir Szafran nous montre comment le regard pense. » James Lord, 1987

Né à Paris, dans une famille d’origine juive-polonaise, Sam Szafran a vécu une enfance particulièrement difficile, marquée par les catastrophes de la Seconde Guerre mondiale qui, par la suite, lui a fait préférer une forme de solitude artistique. Il s’est alors focalisé, de manière aussi étonnante que permanente, sur sa propre existence et ses états intérieurs, donnant naissance à quelques thèmes de prédilection. Le travail de l’artiste revient sans cesse sur un nombre de sujets très restreint – pour lui existentiels – qui ont tous en commun la description de son environnement immédiat – ateliers, escaliers et feuillages. L’économie parcimonieuse des représentations est contrebalancée par une fièvre d’expérimentation envoutante, qui fonctionne comme une ancre jetée dans l’histoire de l’art.

Sam Szafran a découvert tôt dans sa carrière les techniques d’Edgar Degas, grand maître du pastel au XIXe siècle, dont il a cherché à réactualiser l’intérêt pour la couleur et la lumière à sa manière, individuelle et contemporaine. Qui, en 1960, aurait pu lui enseigner ce type de savoir-faire ? En autodidacte, il s’est également initié à l’aquarelle, autre terrain de recherche artistique qu’il a poursuivi ardemment jusqu’à la fin de sa vie, synthétisée dans son aspiration à l’alliance du pastel et de l’aquarelle, du « sec et du mouillé ». Parmi ses contemporains, Szafran a désigné le cinéma et Alberto Giacometti comme ses maîtres à penser. Ils lui ont fait comprendre l’espace et le mouvement. L’artiste a mis alors le regard à l’épreuve, en déformant et déconstruisant la perspective, dans des lieux clos, hermétiquement fermés sur eux-mêmes. Le temps passant, ceux-ci se sont ouverts, se sont fragmentés pour donner naissance à des visions éclatées où se multiplient des plans de temporalité dans lesquels les espaces se conjuguent et se confrontent, symboliques d’un ordre à jamais disparu. A cet égard, Szafran est un homme de son temps.

L’artiste a toujours fait preuve d’une indépendance d’esprit et d’une grande liberté.  Lorsqu’il regardait le travail des grands maîtres, c’était pour s’en émanciper. Sam Szafran a beaucoup expérimenté pour trouver de nouveaux supports, il a mélangé le pastel avec l’aquarelle, il a inlassablement essayé, tâtonné, et même abandonné et beaucoup jeté. Les pastels ont séduit l’artiste en raison de leur nature tactile, de leur aspect poudré et de leur fragilité. Il recherchait toujours la difficulté, d’où le choix de peindre des escaliers, travail peu coutumier dans le domaine des arts plastiques et très difficile à réaliser.

Szafran a beaucoup dessiné. Dès le début de l’exposition, on découvre quelques dessins au fusain étonnants et très beaux tels que ceux représentant un Funambule en 1969.

Bien que représenté dans d’importantes collections françaises et internationales, l’œuvre de Sam Szafran a rarement fait l’objet d’exposition. Trois expositions lui sont dédiées à la fondation Maeght à Saint Paul-de-Vence en 2000 et à la fondation Pierre Gianadda à Martigny en 1999 puis en 2013. À Paris, après une exposition que lui a consacré le musée de la Vie Romantique en 2000, le musée d’Orsay a mis à l’honneur deux de ses œuvres dans l’exposition « Le mystère et l’éclat. Les pastels du musée d’Orsay » en 2008. Une rétrospective a été organisée à Brühl au Max Ernst Museum en 2010.

Il est présenté dans les collections du MoMa et du Metropolitan Museum de Washington et de nombreux collectionneurs américains et londoniens s’intéressent à son travail qui reste majoritairement conservé entre mains privées, à part quelques exceptions dont le Centre Pompidou et la Fondation Gianadda qui figurent parmi les prêteurs pour cette exposition.

Le musée de l’Orangerie propose, à travers plus de soixante pastels, aquarelles et fusains, une vue d’ensemble de l’œuvre de l’artiste. Elle se concentre sur les trois thèmes principaux qui ont traversé sa carrière : les ateliers, les escaliers et les feuillages.

L’exposition invite à découvrir les créations du peintre au travers de la multiplicité des variations au sein des grands ensembles – l’atelier de la rue de Crussol (1969-1972), les serres et feuillages (1968-2014/16), l’imprimerie Bellini (1972-1976), les escaliers (1974-2005), et les paysages urbains (1997-2014) en mettant, pour la première fois, l’accent sur les processus d’élaboration de l’œuvre. Szafran a toujours cherché à saisir la nature dynamique et évolutive de notre perception de l’espace qui semble enveloppant, comme si l’arrêt sur image, la séquence de l’œuvre indiquait que rien d’autre n’existe à l’extérieur. Il dit des escaliers « Tout ce qui passe, passe par l’escalier, tout ce qui arrive, arrive par l’escalier, les lettres, les faire-part, les meubles que les déménageurs apportent ou emportent, le médecin appelé en urgence, le voyageur qui revient d’un long voyage… »

À propos des feuillages, il admire leur forme organique et surtout le fait que les plantes, telles que le rhododendron, ont une force de croissance, une évolution et une pulsion d’expansion illimitée.

« Mon ambition picturale, métaphoriquement c’est qu’on se perde dans le tableau. »

Carnets, albums de polaroïds, montages photographiques et un court film réalisé à l’atelier apportent un éclairage inédit sur la création d’images fascinantes et mystérieuses.

L’exposition, après une introduction comprenant une chronologie se développe en trois parties : Le chaos apprivoisé ; Le vertige de l’espaceescaliers ; L’inversion de l’intérieur – feuillages.

L’énergie créatrice de Sam SZAFRAN est remarquablement révélée grâce à cette exposition, les œuvres exposées sont extraordinaires.

Commissariat :

Dr Julia Drost, Directrice de recherches, Centre allemand d’histoire de l’art – DFK Paris

Sophie Eloy, Responsable de la documentation, de la bibliothèque, des archives et de la recherche au musée de l’Orangerie

Avec le généreux soutien de Monsieur Emmanuel Roman et de Monsieur Léonard Gianadda.

Sam Szafran

Exposition jusqu’au 16 janvier 2023

SAM SZAFRAN

Obsessions d’un peintre

Jusqu’au 16 janvier 2023

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries – Place de la Concorde (Côté Seine), 75001 Paris

www.musee-orangerie.fr

Tél. 01 44 50 43 00

Horaires

Ouvert tous les jours sauf le mardi de 9h à 18h

Réservation conseillée.

Présentation par les commissaires de l’exposition

https://youtu.be/2jROZj-08d4

 

 

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